Acouphènes

L’acouphène, ce bruit venu de l’intérieur

Plusieurs croient que l’acouphène est une maladie grave et incurable. Règle générale, il s’agit plutôt d’un phénomène tout à fait naturel dont on peut s’accommoder et qu’il est possible d’atténuer. Près d’une personne sur trois, à un moment ou l’autre de sa vie, éprouvera un acouphène. Ce bruit, provenant de l’intérieur du corps, fait partie du fonctionnement de la machine humaine. Il trouve généralement sa source de l’intérieur même de l’oreille, ou encore de structures qui entourent l’oreille, tels les vaisseaux sanguins dans le cou.

Dans la plupart des cas, cela ne dérange pas les gens et ils ne s’en préoccupent pas outre mesure. L’acouphène vient, puis repart; c’est une situation absolument normale. Ainsi, dans une chambre complètement insonorisée, tout le monde entend quelque chose, mais le cerveau filtre ces bruits, les gère. Comme on peut voir sans regarder, on peut entendre sans écouter.

Cependant, lorsque le cerveau, pour une raison ou une autre, se concentre sur l’acouphène, il peut devenir très agaçant pour la personne. Dans de très rares cas, ces bruits deviennent gênants: moins d’une personne sur 200 devient obsédée par un acouphène, peut-être à cause de facteurs comme le stress. Elle focalise alors sur ce bruit et s’en inquiète. Certains sites Web personnels contribuent d’ailleurs à entretenir, sinon à développer cette anxiété, car, souvent, ils ont été mis sur pied par des patients extrêmement affectés, dont l’expérience malheureuse reste, heureusement, exceptionnelle.

Un symptôme plutôt qu’une maladie

Sensation probablement normale, l’acouphène n’est d’ailleurs pas une maladie, mais un symptôme. Il s’avère néanmoins impératif de consulter un médecin afin qu’il pose un diagnostic, question de s’assurer que l’acouphène n’annonce rien de grave. Ces sons incongrus peuvent découler d’un problème d’oreille (moyenne ou interne) ou d’autres parties du cerveau. Un bourdonnement unilatéral peut aussi être la conséquence d’un neurinome de l’acoustique, c’est-à-dire d’un kyste bénin sur le nerf auditif. Rarissime, ce dernier est détecté à l’aide d’un audiogramme et grâce à des tests d’imagerie par résonance magnétique.

Peu de patients consultent un professionnel de la santé spécifiquement pour un acouphène. Ceux-là sont souvent très incommodés. Par contre, si l’on pose la question à ceux qui consultent pour une hypoacousie, ils admettent qu’ils ont des acouphènes, mais affirment que cela ne les ennuie pas tellement. L’acouphène touche communément les malentendants et, plus rarement, des gens qui n’ont rien de particulier, chez qui cela se produit de façon spontanée.

On pense que tout ce qui endommage l’oreille (bruit industriel, musique très forte d’un concert rock, etc.) pourrait causer un acouphène. À ce titre, la prévention revêt la plus grande importance. Par ailleurs, on sait, depuis un certain temps déjà, que de très fortes doses d’aspirine < absorbées par un arthritique, par exemple > peuvent provoquer ou aggraver des acouphènes.

Aux personnes aux prises avec des acouphènes et incapables de s’y habituer, les médecins proposent deux avenues thérapeutiques. D’une part, des médicaments, des antidépresseurs et des antiépileptiques, peuvent être prescrits. Leur efficacité dans le traitement des acouphènes a été démontrée dans plusieurs études. Ils aident en effet le système nerveux central à mieux filtrer ces bruits.

D’autre part, un traitement instrumental peut être envisagé, dépendant de l’audition. Si la personne n’entend pas bien, on lui donne une prothèse auditive, lui permettant de mieux entendre et couvrant les bruits de l’acouphène. Si la personne a une audition normale, on lui met dans l’oreille un générateur de bruits, un petit appareil ressemblant à une prothèse et produisant un bruit doux. Ce bruit de fond masque le bruit de l’acouphène; il peut même être réglé à sa fréquence.

Après plusieurs mois de ces traitements, une amélioration est observable: le patient devient de moins en moins conscient de l’acouphène.

Une routine très simple peut aussi aider à mieux vivre avec un acouphène: utiliser un radio-réveil au moment de se coucher. Comme c’est dans le silence que l’on remarque l’acouphène, un peu de musique empêchera de l’entendre et permettra de s’endormir, bercé par un air tranquille.

Parfois, l’acouphène est récurrent. En revanche, des études révèlent que pour 85% des personnes, cela ne les importune plus vraiment après un certain temps.

Quoi qu’il en soit, le pronostic à long terme est excellent. De nombreux groupes d’aide sont là pour ceux qui ont besoin de soutien. En outre, beaucoup de chercheurs étudient les acouphènes. L’avenir est donc très prometteur quant aux traitements.


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