Surdité chez l’enfant

La déficience auditive permanente chez l’enfant est une anomalie relativement fréquente, atteignant une naissance sur 1000 à un degré de déficience supérieur à 40 décibels dans la meilleure oreille. Chez les nouveau-nés présentant des facteurs de risques tels la prématurité ou la jaunisse, la surdité peut atteindre 10 cas pour 1 000 naissances.

La perte auditive se calcule en nombre de décibels (db). Le Bureau International d’Audio-Phonologie (BIAP) a défini des critères de classification afin de déterminer le degré de sévérité de la surdité. Ainsi, une perte de 0 à 20 db caractérise une audition normale. Entre 20 à 40 db de perte, il est question de surdité légère qui affecte la compréhension d’une conversation courante.

De 40 à 70 db de perte, la déficience est moyenne et on parle alors d’un enfant demi-sourd qui ne perçoit la parole qu’à fort volume. La surdité sévère correspond à une perte située entre 70 et 90 décibels. L’amplification des sons est insuffisante et au-delà de 90 db, l’enfant est profondément sourd et n’a aucune perception de la voix et aucune idée de la parole (Le bruit d’un marteau piqueur représente 100 db!).

Principales causes de surdité chez l’enfant

Chez l’enfant, l’origine de la surdité se divise en deux principales catégories : la surdité congénitale (présente à la naissance) et la surdité acquise (après la naissance). Pour le premier type, l’existence d’un lien génétique transmissible explique souvent la surdité. Ce lien peut sauter plusieurs générations et ainsi, beaucoup de familles ignorent la présence d’un tel gène dans leurs antécédents. L’absence de sourds dans la parenté immédiate ne doit donc pas faire éliminer le diagnostic de surdité héréditaire.

Un enfant qui vient au monde avec une surdité congénitale naît avec une perte auditive qui va persister toute sa vie. En plus des causes génétiques, ce type de surdité peut avoir été provoqué par une infection durant la grossesse puisque certains virus peuvent être responsables de l’atteinte de l’oreille interne lors des trois premiers mois de grossesse : la rougeole, la varicelle, les oreillons, l’hépatite virale. La surdité peut aussi être attribuable à des complications présentes à la naissance tels un poids de moins de 1500 grammes, la prématurité, les maladies neurologiques, et les syndromes génétiques. De plus des infections telles la méningite, l’encéphalite et les oreillons pourraient causer la surdité.

Dans le cas d’un diagnostic de surdité congénitale, il importe de procéder à une étude génétique des parents. L’expertise réalisée permettra de prédire l’évolution de la surdité et de déterminer le risque d’avoir un autre enfant sourd et d’identifier certains syndromes associés avec d’autres problèmes que l’enfant pourrait développer dans le futur. Par exemple le syndrome de Usher (caractérisé par l’association d’une surdité à une rétinite pigmentaire) peut mener à des problèmes de vision.

La surdité acquise est souvent curable par des moyens médicaux ou chirurgicaux. C’est la conséquence d’une affection de l’oreille moyenne : la pathologie du tympan, des osselets et de la trompe d’Eustache en représentent les principales causes. Ce type de surdité peut aussi être développé suite à une otite moyenne, certaines infections (méningite), un traumatisme crânien ou la toxicité causée par les médicaments.

Comment détecter un début de surdité chez l’enfant?

Les moyens de dépister un trouble auditif chez l’enfant diffèrent en fonction de l’âge. Un bébé doit se tourner vers une source de bruit très forte et l’absence de réactions à la voix ou aux bruits environnants peut s’avérer un signe de surdité. Le médecin qui fait un examen médical à un nourrisson, observera les réflexes de celui-ci à différents stimuli. Les réactions de l’enfant passeront du clignement des yeux, à un arrêt des mouvements, une déviation de la tête, des sursauts ou des pleurs. Plus tard, à l’âge préscolaire, l’absence ou le retard du langage peuvent être causés par la surdité. Plus le problème est sévère, plus le retard est évident : absence des premiers mots après 17 mois, un enfant d’un an qui ne répond pas à son nom, un enfant qui demeure inattentif et qui ne réagit pas aux bruits causés par des sons produits hors de son champ visuel.

Lorsque la surdité n’est pas diagnostiquée ou lorsqu’elle se manifeste plus tardivement, il importe de préciser qu’à tout age un enfant qui parle fort ou augmente le volume de la télévision pourrait souffrir d’une surdité. De plus, pour l’enfant qui développe des otites à répétition, un examen ORL s’impose afin de dépister une otite séreuse chronique qui pourrait mener à une perte de l’audition.

Heureusement, le diagnostique peut être posé très rapidement et dès la naissance avec un test simple appelé les Oto-Emissions Acoustiques, un test non invasif, rapide et fiable, qui peut s’effectuer dès la naissance. Ce test est excellent pour le dépistage de la surdité précoce. Si les Oto-Emissions Acoustiques sont présentes, on conclue à une audition normale ou une surdité légère. Si elles sont absentes, la surdité est supérieure à 30dB. Un autre test supérieur à l’ Oto-Emissions Acoustiques est celui des Potentiels évoqués. Ce test permet de mieux clarifier l’origine de la surdité mais requiert plus de temps. Les deux types de tests donnent de bons résultats lorsque les protocoles prescrits sont suivis. Il demeure tout de même important de maintenir un bon suivi, même si les résultats sont négatifs, puisque certaines surdités ne se manifestent pas tout de suite.

La surdité suit une évolution relativement lente, cela dit, sans dépistage systématique ou plus la surdité est diagnostiquée tardivement, plus la rééducation sera longue et s’accompagnera de problèmes de langage, de difficultés scolaires ou d’intégration sociale. Conséquemment, l’enfant présente une déficience du langage oral et des troubles psycho affectifs qui se manifestent par l’isolation ou des troubles de comportement.

Traiter la surdité chez l’enfant

Le traitement diffère selon la cause, l’importance et le type de surdité. La surdité de transmission ou perte conductive touche l’oreille externe et moyenne, (le conduit auditif, le tympan et les osselets) et se traite facilement par une chirurgie. La cause la plus fréquente est l’otite moyenne. La perte d’audition n’est pas totale et l’audition de la parole est encore bonne mais les sons sont perçus moins fortement.

Le liquide dans l’oreille moyenne contrevient à la transmission adéquate des sons et cause une surdité. En plaçant un tube de drainage dans le tympan, l’audition devrait revenir à la normale. Un test d’audition est refait après le traitement pour vérifier que le nerf n’est pas affecté.

Lorsque la surdité conductive est reliée à une malformation des osselets de l’oreille, le traitement consiste alors à l’installation de prothèses ossiculaires appropriées. Finalement, dans le cas d’une perforation du tympan, une tympanoplastie est pratiquée. La procédure consiste à refermer la perforation du tympan en y greffant un morceau de membrane.

En ce qui a trait à la surdité de perception ou perte neurosensorielle, l’affection touche la cochlée ou le nerf auditif. Ce type de surdité nécessite souvent des appareils auditifs; et une prothèse devra être installée chez l’enfant le plus tôt possible afin qu’on stimule son système auditif durant cette période cruciale d’acquisition du langage.

Les enfants présentant une surdité profonde sans appareillages auditifs peuvent obtenir des implants cochléaires. Ce type d’implant permet une correction de la surdité grâce à des électrodes insérées dans la cochlée qui s’articulent avec les premières terminaisons du nerf auditif. Ces électrodes connectent à un récepteur situé sous la peau, derrière l’oreille. Il importe de prévoir une rééducation longue et rigoureuse car le message sonore perçu reste très particulier.

Pour ce qui est des résultats, la surdité dite purement conductive a un excellent pronostique post traitement. En général le problème est entièrement réversible, surtout après l’insertion de tubes de ventilation suite à une otite séreuse. En ce qui concerne la surdité neurosensorielle, il est possible d’améliorer l’audition par l’appareillage. La clef du succès demeure l’amplification par une utilisation précoce. Ainsi, un bébé à qui on a dépisté très tôt une surdité, pourra profiter d’une prothèse auditive (amplifiant les sons) qui, associée à une rééducation couplée (orthophoniste et implication parentale), lui permettra d’acquérir un langage adéquat dans la majorité des cas.

Il existe évidemment des circonstances aggravantes telles un enfant avec des troubles cognitifs ou neurologiques, des problèmes de développement ou de comportements qui affectent directement le taux de succès de toute réhabilitation ou traitement auditif.


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