Masses cervicales chez l’enfant

Pouvant survenir à la naissance ou à n’importe quel âge, les masses cervicales chez l’enfant commandent une intervention médicale afin de prévenir des complications potentiellement fâcheuses. Toute tuméfaction au niveau du cou mérite une évaluation d’un oto-rhino-laryngologiste, qui pourra en identifier la cause, parfois de concert avec une équipe multidisciplinaire, et indiquer la voie à suivre.

Différents types de masses cervicales sont congénitales. Par exemple, un bébé peut naître avec un torticolis, à cause d’une bosse très dure, située sur le trajet du muscle sterno-cléido-mastoidien, muscle qui part de la pointe de l’oreille et qui longe tout le cou. Ce torticolis peut être si important que le nouveau-né en a la tête penchée et qu’il est impossible de la redresser. La physiothérapie et des massages répétés peuvent l’aider à guérir et à faire résorber la bosse. Il arrive cependant qu’un torticolis congénital laisse une asymétrie du crâne et qu’on ait besoin d’avoir recours à la chirurgie pour relâcher le muscle.

Lorsqu’on observe une masse violacée dans le visage ou dans le cou de l’enfant, il s’agit le plus souvent d’un hémangiome, un problème d’origine vasculaire complètement indolore. Celui-ci peut continuer à se développer jusqu’à ce que l’enfant atteigne l’âge de deux ans, après quoi il peut régresser et disparaître totalement, de manière spontanée. Tant que la masse demeure externe, ce n’est pas très grave, hormis sur le plan esthétique. Par contre, des problèmes fonctionnels de déglutition, de respiration, de vision ou d’audition peuvent se manifester si une partie de la masse vient s’appuyer sur un organe vital. C’est pourquoi une évaluation globale, effectuée par divers spécialistes, s’avère souvent nécessaire dans les cas d’hémangiomes. En phase de prolifération, l’équipe multi-disciplinaire peut envisager un traitement au Propranolone (ß-bloqueur non spécifique) durant plusieurs semaines ou à la cortisone, par voie orale ou intraveineuse. Une embolisation artérielle, en d’autres mots une intervention radiologique visant à réduire l’apport sanguin vers l’hémangiome, peut être indiquée. Elle réduira le volume et la coloration de l’hémangiome. Pour les cas superficiels on peut avoir recours à des traitements au laser.

Quand une anomalie intervient dans le développement des canaux lymphatiques, l’enfant peut se retrouver, dès sa naissance ou souvent avant l’âge de deux ans, avec une très grosse masse souple, pleine de liquide, envahissant le cou ou la face et s’étendant parfois dans la cavité buccale. On les appelle des lymphangiomes. En raison de leur positionnement, la résection chirurgicale comporte d’importants risques d’atteinte des structures nerveuses. Rares sont les cas qui régressent spontanément. Ces kystes peuvent s’infecter et engendrer des abcès. La sclérothérapie constitue donc une option intéressante, puisqu’elle permet de boucher les canaux lymphatiques, un peu de la façon dont on traite les varices. Tout comme pour les hémangiomes, la science ignore à quoi attribuer les lymphangiomes.

Le kyste thyréoglosse, quoique d’origine congénitale et présent à la naissance, ne pourra être détecté qu’à la suite d’une infection des voies respiratoires. Ce kyste s’avère être un résidu embryonnaire du trajet de la glande thyroïde et se situe au milieu du cou. Des antibiotiques aident à en faire diminuer la taille, mais ne préviennent pas les récidives. Le problème, relativement fréquent, ne peut cependant se corriger que chirurgicalement. Les kystes branchiaux, d’autres résidus embryonnaires, parfois associés à des fistules sous forme de petits orifices cutanés, se situent dans les zones latérales du cou et s’enlèvent aussi au moyen d’une chirurgie, qui peut s’avérer plus ou moins complexe à cause d’un trajet qui peut être profond et s’étendre jusqu’à la gorge.

D’autres masses cervicales sont d’origine inflammatoire. La mycobactérie atypique, par exemple, est une infection des ganglions qui touche un certain nombre d’enfants, le plus souvent vers un âge situé entre deux et cinq ans. Malgré leurs ganglions enflés, ces enfants se portent admirablement bien; cependant leurs ganglions vont finir par coller à la peau, devenir tout violacés et couler à travers la peau. Malheureusement, la mycobactérie atypique est méconnue de plusieurs médecins et les biopsies pratiquées dans un but diagnostique ne font qu’allonger le temps de guérison. Le microbe de la mycobactérie atypique ressemble à celui de la tuberculose sans partager pour autant sa gravité. Un traitement à la Clarithromycine de longue durée (plusieurs mois) pourrait être essayé et finir par guérir cette pathologie, à défaut de quoi la chirurgie reste le traitement curatif de cette pathologie.

Quelques virus, ceux de la rougeole, de la rubéole et de la varicelle, entre autres, causent parfois des tuméfactions ganglionnaires au niveau du cou. La mononucléose infectieuse, maladie fréquente des jeunes adolescents, provoque aussi un gonflement des ganglions et s’accompagne d’une amygdalite et d’une grande fatigue. Le repos et la patience sont les seules armes à offrir face à cette affection.

La maladie de la griffe du chat peut aussi être responsable d’une masse cervicale. Les symptômes apparaissent trois à dix jours après avoir été griffé par le félin. On préfère éviter les chirurgies pour ce genre de pathologie qu’on traite par des antibiotiques. La guérison ou l’involution de la masse peut prendre de deux à six mois.

Des fois, suite à un traitement dentaire, une personne peut développer des tuméfactions au niveau de la mâchoire ou du cou ; il s’agit en fait d’un abcès qui peut engendrer des fistules à cause d’un micro-organisme spécial appelé actinomycose. Il existe aussi d’autres situations où des adénopathies cervicales peuvent apparaître, telle la toxoplasmose qui est véhiculée par des viandes contaminées, ou les ganglions que l’on voit chez des enfants immuno-supprimés.

Enfin, certaines masses cervicales sont carrément des tumeurs. L’imagerie radiologique, telles l’échographie, la tomodensitométrie (Scanner) ou la résonance magnétique, permet de bien les visualiser et de les identifier. Certaines masses sont bénignes tels les kystes, lipomes et laryngocèles (une forme de hernie de la muqueuse du larynx). Il est beaucoup plus rare d’en voir des malignes, comme des lymphomes, qui par ailleurs frappent davantage les garçons que les filles, ou des tumeurs malignes qui prennent origine dans les muscles, les glandes salivaires ou l’os des mâchoires.


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