Maux d’oreilles

Les maux d’oreilles : à prendre au sérieux

Très fréquents chez l’enfant, les maux d’oreilles peuvent aussi affecter les adultes. S’ils sont souvent symptômes d’une infection, les maux d’oreilles peuvent également se manifester dans d’autres pathologies. Pour éviter les dommages que pourraient causer une auto-médication inappropriée et les complications entraînées par des traitements d’efficacité douteuse, la consultation chez un médecin s’avère la meilleure conduite. De plus, elle permet de s’assurer que rien de dangereux n’est à l’origine de la douleur.

Les maux d’oreilles peuvent provenir de l’oreille même ou y être référées, c’est-à-dire dériver de maladies ne touchant pas l’oreille. Les douleurs provenant de l’oreille peuvent être d’origine traumatique, inflammatoire, tumorale, névralgique ou infectieuse. Ce dernier point sera traité en détail plus loin.

Souvent évidentes, les douleurs d’origine traumatique, secondaire à un coup direct, peuvent s’accompagner d’un hématome (accumulation de sang sous la peau) ou d’une fracture. Par ailleurs, un corps étranger introduit dans le conduit de l’oreille peut le blesser le tympan, les osselets ou même l’oreille interne. Une pression prolongée sur le pavillon peut aussi provoquer une douleur à l’oreille.

Des brûlures, qu’elles soient solaires ou chimiques (caustiques), provoquent des inflammations douloureuses. Certaines maladies systémiques (la goutte, par exemple) ou la périchondrite (inflammation de l’enveloppe d’un cartilage) peuvent atteindre l’oreille. Celle-ci peut être le siège d’une tumeur, bénigne ou maligne. Dans ce cas, la douleur sera progressive et soutenue. Une tumeur d’une autre région de la sphère ORL (la gorge par exemple) peut donner des douleurs à l’oreille.

Plusieurs nerfs peuvent causer des douleurs très aiguës. Par ailleurs, il est fréquent qu’un dysfonctionnement de l’articulation de la mâchoire entraîne des maux d’oreilles.

Douleurs d’origine infectieuse

Se manifestant par des symptômes différents, deux types d’otites peuvent survenir : l’otite externe ou otite du baigneur et l’otite moyenne. Il n’existe pas à proprement parler d’otite interne, car lorsque la partie interne de l’oreille s’infecte, il s’agit généralement d’une labyrinthite, qui affecte plutôt l’équilibre.

L’otite externe

Infection localisée à la peau du conduit auditif externe et parfois du pavillon, l’otite externe survient suite à une inflammation et non après un rhume ou une grippe, et n’est donc pas associée à une détérioration de l’état général. On parle d’otite du baigneur parce que l’humidité successive à plusieurs baignades est propice à l’infection. En effet, si l’oreille n’est pas bien asséchée, les canaux sécrétant le cérumen se bouchent et les bactéries s’y accumulent. L’introduction de corps étrangers dans l’oreille, comme des cotons-tiges constitue également un facteur de risque, car cela peut traumatiser la peau très fragile du conduit.

Moins de 24 heures après le début de l’infection, la douleur s’installe et augmente progressivement. Le fait de bouger le pavillon de l’oreille l’amplifie. Si l’on ne traite pas l’otite externe assez rapidement, s’ajoute un écoulement épais, coloré et nauséabond. Celui-ci peut remplir et éventuellement boucher le conduit auditif, diminuant ainsi le niveau de l’audition. Chez des gens qui ne consulteraient pas ou qui sont immunodéprimés par une maladie chronique comme le diabète, l’infection pourrait s’étendre plus loin dans le pavillon de l’oreille ou au visage et donner une cellulite.

Toutefois, la guérison prend normalement moins d’une semaine lorsque l’infection est soignée avec des gouttes anti-inflammatoires et antibiotiques prescrites par un médecin. Quant aux gouttes vendues sans ordonnance, elles sont moins efficaces; le médicament étant moins concentré. Elles peuvent cependant être néfastes si la douleur n’est pas due à une otite externe. Des gouttes dans une oreille normale peuvent tuer les bonnes bactéries et causer des infections à champignons. Elles peuvent également être toxiques pour l’oreille interne et causer des dégâts irréversibles chez quelqu’un qui aurait une perforation du tympan.

L’otite moyenne

Infection bactérienne aiguë avec accumulation de pus de la région située entre le tympan et l’oreille interne, l’otite moyenne est la plupart du temps une complication d’un rhume banal. C’est d’ailleurs la maladie infectieuse pour laquelle les enfants reçoivent le plus souvent des antibiotiques. Pour parvenir à l’oreille moyenne, les bactéries passent par la trompe d’eustache, une petite communication dans le naso-pharynx. Ce passage est plus facile chez l’enfant, parce que la trompe d’eustache est plus grandement ouverte et son orientation est horizontale plutôt qu’oblique. De 75% à 80% des enfants vivent au moins un épisode d’otite entre l’âge d’un et de six ans.

Toutes les maladies desquelles découlent des problèmes du mucus ou des cils vibratiles (comme la fibrose kystique), les allergies, ainsi que les masses dans le naso-pharynx, prédisposent aux otites. Certains environnements (particulièrement enfumés ou envahis par la poussière ou la sciure de bois, par exemples) peuvent aussi constituer des facteurs de risques. Enfin, les enfants en garderies sont davantage sujets aux otites en raison du nombre élevés de contacts avec d’autres personnes.

Un enfant atteint d’une otite moyenne peut être irritable ou incapable de dormir, parce que la pression dans l’oreille augmente à l’horizontale. Un adulte se plaint plutôt de surdité, car l’otite moyenne diminue généralement l’audition d’environ 30 décibels.

Lors d’un examen physique, le médecin constate d’abord que l’oreille externe est normale, mais que le tympan est rouge et bombé, généralement à cause des sécrétions. Le médecin peut également procéder à une pneumo-otoscopie, c’est-à-dire vérifier la mobilité du tympan avec un otoscope, en mettant un peu de pression à l’aide d’une poire. Un tympanomètre, un petit appareil automatique, peut aussi mesurer le mouvement du tympan, qui sera diminué.

Afin d’accélérer la résolution des symptômes et de prévenir les complications, on traite souvent les otites moyennes aiguës avec des antibiotiques. Trois bactéries sont principalement responsables de ces infections : le streptocoque pneumonique (30% des cas), l’hemofillus influenzae (20% des cas) et le moxarella catarrhalis (10% des cas). Il n’est donc pas impossible qu’un deuxième antibiotique différent soit nécessaire. Le médecin essaie d’abord de traiter avec un antibiotique de première ligne pour éviter les résistances. Les effets secondaires les plus fréquents sont des troubles digestifs, comme la diarrhée.

Les autres traitements

À ce jour, l’efficacité des thérapies alternatives n’ont pas été démontrées scientifiquement. Des gens se sont même brûlés avec des bougies auriculaires. Quant à la chiropractie, les théories selon lesquelles elle pourrait diminuer l’incidence des otites sont farfelues. Certains chiropraticiens prétendent qu’en faisant des manipulations au niveau des vertèbres cervicales, ils arrivent à améliorer la fonction des trompes d’eustache. Or, celles-ci fonctionnent parce qu’elles se ferment chaque fois qu’on avale et sont innervées par des nerfs qui viennent directement du crâne et non du cou.

S’il n’y a pas de traitement ou si le traitement de l’otite moyenne s’avère inefficace, des complications peuvent survenir, comme une perforation du tympan. Celle-ci se résout généralement d’elle-même et ne laisse pas de séquelles, hormis une petite cicatrice. Par contre, il arrive qu’un petit trou subsiste. On entend alors moins bien et l’oreille n’est plus étanche à l’eau, donc davantage vulnérable aux infections répétées.

Dans certains cas, les osselets se brisent et rendent l’audition mauvaise. Une opération s’impose alors pour réparer les dommages. Plus rare, l’extension de l’infection vers d’autres structures peut se révéler plus sérieuse : mastoïdite, labyrinthite bactérienne (de laquelle résulte une oreille morte), abcès cérébral, méningite ou encore paralysie faciale. À long terme, des tumeurs de peau peuvent se développer et détruire l’oreille moyenne et l’oreille interne.

L’otite silencieuse

L’otite séreuse touche surtout les enfants et ne présente pas de symptôme sinon une baisse de l’audition, à cause du liquide derrière le tympan. Bien qu’il soit stérile, ce liquide peut devenir plus épais après un certain temps (autour de trois mois) ou être foyer d’infection. Il peut être la conséquence d’infection bactérienne, d’allergies, d’un mauvais fonctionnement de la trompe d’eustache, d’une hypertrophie des végétations, voire d’anomalies de la fonction des cils vibratiles.

Quand le liquide reste dans l’oreille, l’oto-rhino-laryngologiste peut décider d’installer des tubes transtympaniques, qui seront parfois accompagnés d’une chirurgie complémentaire comme une adénoïdectomie. Ces tubes servent à ventiler l’oreille, remplaçant temporairement la fonction de la trompe d’eustache.

Les tubes mesurent environ 2 par 3 millimètres. Le plus souvent, ils seront spontanément expulsés après une période de 6 mois à 2 ans. Il existe aussi des tubes qui peuvent rester en place plusieurs années et d’autres qu’on insère sous la peau.


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